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Le domaine national et les jardins de Le Nôtre

Un grand domaine sauvegardé - Un témoin de l’art des jardins depuis trois siècles

Perelle_Veue_et_perspective_du_Chasteau-neuf_de_Saint-Germain-en-Laye_du_côté_jardin_gravure - cliché Loïc Hamon
Le domaine national de Saint-Germain-en-Laye offre à 20 minutes de Paris 70 hectares d’espaces préservés qui bordent une gigantesque forêt de 3500 hectares.

Louis VI Le gros fit construire en 1124 la première résidence royale pour s’y établir, séduit par l’existence d’une forêt giboyeuse et d’un accès par voie fluviale.

Le maintien d’une résidence royale nécessite des dispositions pour l’entretien et les activités de la cour : jardins potagers, vergers, garennes servent à fournir la table. Des jardins formels sont équipés pour les promenades et les jeux. C’est cependant au XVI e siècle que la grande époque moderne des jardins a commencé, en particulier grâce à l’influence de la renaissance italienne et à l’intérêt de François Ier pour les artistes italiens et étrangers.

François Ier, passionné de chasse, décide donc de faire reconstruire en 1539 le château de Saint-Germain sur les fondations datant de Charles V. Aux alentours de ce château pentagonal, la forêt est aménagée pour la chasse à courre.

En 1557, Henri II demande à Philibert de l’Orme de construire, à proximité du Château-Vieux, un édifice agrémenté de plain-pied en brique et pierre, le Château-Neuf, surplombant la vallée de la seine. Claude Mollet sous la direction d’Étienne du Pérac, réalise pour Henri IV des jardins en terrasse sur la façade est du Château-Neuf. Ces jardins ornés de grottes, de jeux d’eau et d’automates hydrauliques conçus par l’ingénieur Thomas Francine, à la limite du XVI e et du XVII e siècle, sont alors considérés comme les plus beaux d’Europe.

Louis XIV, ondoyé dans l’actuel pavillon Henri IV, passe une partie de son enfance entre les deux châteaux et tente de les agrandir pour y loger sa cour jusqu’à son installation à Versailles en 1682. Les nombreux travaux hydrauliques ayant entraînés des effondrements, Louis XIV tente de sauvegarder le lieu tout en lançant un défit à Le Nôtre : créer un jardin visible à la fois de l’aile du roi du Château-Vieux et du Château-Neuf. Commencé en 1663, ce jardin montre toute l’ingéniosité de Le Nôtre : grands parterres en face du château, axes et perspectives vers l’infini, grande terrasse (1945 m) adossée au jardin et à la forêt telle un immense balcon surplombant la Seine et Paris.

En 1777, le comte d’Artois reçoit de son frère Louis XVI le Château-Neuf, mais faute de moyen il en fait démolir la majeure partie à l’explosif. Après son départ en exil, il ne sera jamais reconstruit. Les terrasses dégénèrent en talus. Par économie, tous les parterres sont engazonnés et les bassins sur la pente sont supprimés. Sous la révolution, les terres sont vendues en lots. Le Château-Vieux devient successivement une prison temporaire en 1793, une école de cavalerie impériale en 1809, une caserne en 1816 et une prison militaire en 1836. C’est le moment où le pavillon Henri IV est loué au restaurateur Gallois puis Collinet qui en fait un hôtel.

En 1837, lorsque le train arrive au Pecq le grand plan est amputé des deux tiers. En 1845 une gare est créée dans le domaine et coupe les parterres de Le Nôtre. En dédommagement, Louis-Philippe fait don au domaine de 3 hectares pris sur la forêt royale. Loaisel de Tréogate, ingénieur des domaines de la couronne réalise alors dans cet espace un jardin anglais qui présente des arbres remarquables. Contrairement aux jardins précédents de style régulier, il s’agit ici d’un simple aménagement paysager. On utilise à l’origine les arbres de la forêt voisine. Les deux allées rectilignes sont conservées et les grands espaces de gazon plantés d’arbres divers sont encadrés d’arbustes qui limitent la vue. De 1872 à 1874 le jardin est aménagé en promenade publique avec la mise en place de statues, massifs fleuris, mobiliers et éclairages.

Cette richesse des styles présente, dans des espaces très identifiés spatialement, tout un résumé de l’histoire des jardins. Le parc est classé au titre des monuments historiques depuis 1862. Attenants au Château royal, aujourd’hui musée d’Archéologie nationale, ils sont indissociables de son histoire. Le public y est accueilli toute l’année et les nombreuses manifestations qui s’y déroulent tendent à le sensibiliser à cet héritage patrimonial et naturel. 

Le domaine national aujourd’hui 

Le Boulingrin

Ce jardin est l’une des premières créations originales entreprises dans les jardins supérieurs du Château-Neuf suite à la demande d’Henriette d’Angleterre. Le terme de Boulingrin est une francisation de l’anglais Bowling Green, jardin de gazon établi en creux et destiné au jeu de boules. Il devient rapidement un jardin d’agrément et sera en partie détruit dès 1764 par la création du chemin du roi.

Le jardin de la Dauphine

A l’origine, appelé « parterre au gazon », ce vaste jardin rectangulaire était couvert de gazon, encadré de pièces de formes variées garnies de rinceaux bordées de plates-bandes plantées d’ifs, taillés en topiaires, d’arbrisseaux et de buis. L’épouse du Grand Dauphin, Marie-Anne de Bavière qui aimait s’y promener légua son nom à ce jardin.

Aujourd’hui, en attente de restauration, il est composé de deux grands espaces en pelouse. 

cliché Ch. de Joly Dulos Le grand parterre 

Des fenêtres de l’appartement du Château-Vieux, la vue s’ouvre sur le grand parterre, prolongé par une perspective vers l’infini. Aujourd’hui, ces deux broderies sont entourées de massifs plantés de fleurs, ponctués d’ifs en topiaires, de vivaces, le tout ceinturé par des buis de bordure. Les plates-bandes sont alternativement ornées par les jardiniers lors des plantations d’annuelles et de bisannuelles. 

Le parterre en biais

Pour rattraper deux perspectives vers l’infini, Le Nôtre établit un troisième parterre plus petit et triangulaire : l’un des grands côtés est parallèle au grand parterre, l’autre, au jardin de la Dauphine. Maintenant, ce parterre en biais est aménagé en boulingrin, contenant, à la demande de la municipalité, une aire de jeux pour enfants.

Le jardin paysager

Conservant les chênes forestiers de l’ancienne forêt royale, le jardin paysager apparaît comme une lisière plus travaillée qui sert de transition entre le jardin régulier et l’espace forestier. Il se conçoit comme un jardin intimiste, naturel, de style paysager, où les perspectives se dévoilent au gré du cheminement. Toutefois, l’emprise du tracé strict du Jardin Français reste assez forte avec la présence de trois axes rectilignes qui sont le prolongement des allées du jardin de Le Nôtre. Ainsi, fut établi tout un jeu de regards, selon des axes et des cônes de vision bien précis. Mais les transformations successives du jardin ont modifié l’essentiel de ces perspectives, amenant une perturbation dommageable au fonctionnement visuel initial. Les restructurations, ainsi que les restitutions réalisées en régie par le service jardin du domaine pour certains bosquets et allées, visent à retrouver ce fonctionnement visuel singulier. Deux points focaux majeurs à partir de l’allée Dauphine (la Demi-lune de l’allée Dauphine et le Belvédère) permettent d’embrasser l’essentiel des vues du jardin anglais. 

La Grande Terrasse

Balcon embrassant la vallée de la Seine, qu’elle surplombe à plus de 60 m, et soulignée par la lisière de la forêt, la Grande Terrasse est le chef d’œuvre de Le Nôtre. Longue de 1945 m (soit 1000 toises) et large de 30 m, a été créée de 1669 à 1674. Des travaux de terrassement énormes furent nécessaires pour donner l’illusion d’une terrasse sans fin. Ainsi, la chaussée de la terrasse s’élargit imperceptiblement au fur et à mesure que le promeneur avance, ralentissant ainsi le croisement des parallèles à l’horizon. Réalisée selon le principe des citadelles à la Vauban, elle débute par un demi-cercle, le Belvédère, pour s’achever par un octogone qui conduit au château du Val. Elle offre un panorama unique et incomparable sur la vallée de la Seine et sur Paris. Par une série d’effets visuels, Le Nôtre a réussi à imprimer une dynamique. Conscient qu’une ligne droite n’invite pas le visiteur, Le Nôtre abuse l’œil et crée une perspective raccourcie par une série de différences de niveaux (anamorphoses).

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